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Journal

  • Mes écritures, en vitesse

    Il y a l'écriture des pièces un peu sérieuses, à caractère politique, avec une seule intrigue et un nombre de personnages limités ; celle des pièces plus farcesques et improbables, très violentes, au langage peu ou pas châtié, avec une débauche de personnages et d'énergie ; celle de ce que j'appelle les hyperbrèves, pièces de quelques vers, qui sont pléthore (plus de mille) et dont les combinaisons sont pour ainsi dire infinies ; quelques critiques de livres ou de la société : toutes ces écritures ont en commun d'être assez enlevées et pour être franc, de relever de l'improvisation (je pars sans plan, avec quelques personnages et je vois  ça va). — Et puis il y a des sortes de paraboles ou de poèmes, sérieux jusque dans l'humour, et très noirs, qui s'écrivent lentement. 
    Les vers, qui peuvent se retrouver dans presque toutes ces écritures (sauf la critique peut-être), relèvent généralement du non-sérieux, surtout s'ils respectent les règles.

     

    27 juin 2026

    Lien permanent Catégories : Journal, Théâtre
  • Kipling met en déroute Ellis et Palahniuk

    À Paméla Ramos, qui a raison

     

    Je ne sais comment, parti pour écrire fin décembre deux ou trois pages à propos de crime, je me retrouve avec une vingtaine de pages formant un commencement d'histoire décousue (et devant le demeurer). Ce qui, je crois, est largement attribuable à ma lecture du cauchemardesque Monsieur Ouine de Bernanos (ainsi qu'au bel essai, chez Les Provinciales, de Sébastien Lapaque, Georges Bernanos encore une fois). 
    Que dire ? C'est certainement navrant, mais quand on est aussi influençable que moi, il est important de bien choisir ses influences, taperaient-elles dur dans le sommeil.

    Ce travail m'a fait incidemment remettre au propre deux textes brefs écrits en 2011 et jamais vraiment lâchés depuis, Personne et Une pièce parfaite (dont le sous-titre est Un Faust idiot). On peut dire que je ne suis pas pressé.

    Chuck Palahniuk et Brett Easton Ellis il y a quelques jours se sont ligués pour m'empêcher d'avancer. Ils ont failli l'emporter, ces bourins. C'est contre toute attente Rudyard Kipling qui est venu à mon secours.
    J'avais pris l'autre soir avant de me coucher, un vieux folio acheté 30 centimes, La plus belle histoire du monde (sans percuter une seconde l'écho que cela pouvait avoir avec ma pièce dite parfaite). Cette seule nouvelle a renvoyé les deux Américains dans leur niche à gros spectacle, il n'y a pas que les hypothèses sceptico-solipsistes et les scénarios psycho-pathologiques dans la vie, les enfants.

    T.S. Eliot, dans le petit essai (à ma connaissance non traduit) qu'il a consacré à Kipling dans son anthologie des poèmes de ce dernier note que chez lui la prose et le vers ne sont pas séparables (à la différence de tous les autres écrivains, qui excelleront seulement dans une des deux « disciplines », quel que talentueux qu'ils puissent être tout de même dans l'autre) puisqu'il serait l'inventeur d'une forme mixte. La plus belle histoire du monde est d'ailleurs, en creux, un petit essai sur ce qu'est un poème, et qu'il n'y a en effet pas de vraie différence avec une nouvelle (par exemple).

    Au lieu de tout foutre au feu (comme il en est question, j'y songe, dans ma pièce dite parfaite), j'ai donc poursuivi mon histoire décousue que j'écris devant ma cheminée : elle ressemble de plus en plus à une histoire écrite en 1965 par quelqu'un essayant d'imaginer 1995 ; ce qui n'empêche nullement l'existence de drones, de gens ignorent être « pucés », d'une guerre ressemblant à celle qui a lieu en Ukraine entre l'Océania et l'Eurasia. Cependant des vers se mêlent à une prose que j'essaie la plus classique possible, la moins empreinte du comment qu'on parle et qu'on écrit main'ant, volapük sans avenir. Il y est question, donc, du crime, ou plutôt même, de grands crimes, dans une approche qui emprunte peu à la psychologie (et par conséquent à la narration romanesque à l'américaine). Tout a lieu dans une petite ville et personne n'a de nom (à cette heure, du moins).

    Si l'on compte que j'entame en parallèle à tout cela ma seconde lecture du Visage de Dieu de Scruton, dans l'édition et la traduction de l'ami Stoenescu, cela fait beaucoup d'anglophones pour un seul homme. 

    Pour rétablir un compte suffisant de Français dans cet articulet, je me souviens du Debord de Panégyrique : « Les Gitans jugent avec raison que l'on n'a jamais à dire la vérité ailleurs que dans sa langue ; dans celle de l'ennemi, le mensonge doit régner. Autre avantage : en se référant au vaste corpus des textes classiques parus en français tout au long des cinq siècles antérieurs à ma naissance, mais surtout dans les deux derniers, il sera toujours facile de me traduire convenablement dans n'importe quel idiome de l'avenir, quand le français sera devenu une langue morte. »

    28 janvier 2026

     

     

  • Nouveau début de la fin de la fin

    Je n'en ai plus pour longtemps à écrire dans ce carnet électronique.
    J'ai déjà presque abandonné tout le reste. 
    Je sais que je ne pourrai rendre cohérents les 100.000 mots du début de roman en cours. I can't make it cohere. Il passe mes capacités.
    J'ai terminé il y a une heure la série VI de mes hyperbrèves (Des armes et des fantômes). Je ne suis pas certain d'en ouvrir une septième. Graphomanie à part, pourquoi démarrer une 1164ème hyperbrève ?
    (De toute façon, j'écris pour oublier et je ne me souviens de rien.)
    Je ferai une note ici sur le difficile Monsieur Ouine que je viens de terminer, et une encore sans doute sur Le visage de Dieu de Roger Scruton, que vient de publier chez Carmin l'ami Stoenescu et c'en sera fini de cette année stupide.
    Il est navrant de penser que je ne parviendrai probablement pas à me tenir à ce que je dis. 

    21 décembre 2025

  • Le Tableau du maître flamand, d'Arturo Perez-Reverte

    Le roman est publié en 1990 (j'avais vingt ans) et il fait vraiment bon y retrouver des gens qui ont des machines à écrire et qui fument à tout bout de champ, chez eux, dehors et dans les bars où ils boivent avec une modération franchement modérée. L'éteignoir hygiéniste n'avait pas saisi l'Europe encore (quel courage pouvons-nous désormais attendre de gens qui ont peur de la fumée des cigarettes ?).

    La première intrigue du roman, concentrée (pour aller vite) sur la partie d'échecs sise dans le fameux tableau flamand du XVe siècle, et le crime passionnel et politique qu'elle crypte, est vraiment passionnante. La seconde, sur les crimes qu'engendre aujourd'hui la découverte par l'héroïne d'une inscription recouverte sur le même tableau, commence très bien aussi, quoi qu'il apparaisse assez vite au lecteur attentif que la résolution de ces crimes aura bien du mal à éviter l'écueil neuneu-millénariste à la Dan Brown ou la réduction salonnarde à la Agatha Christie avec le maître d'échecs en Hercule Poirot espagnol. Et de fait, Perez-Reverte évite le premier écueil pour naufrager tout à fait sur le second, bousillant au passage (à force de mystérieuses méticulosités logico-mathématico-comportementales de moins en moins crédibles et de justifications psychologiques abracadabrantesques) des personnages initialement plutôt intéressants.

    Tout cela est bien ballot, car l'auteur dit souvent juste quant à la salope sécheresse du cœur humain.


    19 novembre 2025

     

    Le Tableau du maître flamand, Arturo Perez-Reverte, traduit par Jean-Pierre Quijano, ed. J.-C. Lattès, 1993

  • Les erreurs du copiste, de Botho Strauss

    Il vaut mieux ne rien savoir du monde que d'en savoir trop sans en avoir fait soi-même l'expérience.

    Je ne sais plus quel livre je cherchais dans la bibliothèque, presque au sol, mais je me suis relevé avec Les erreurs du copiste. Je l'ai feuilleté, puis je me suis mis à le lire. A le relire, pour être précis. Mais il se peut que relire n'ait pas vraiment de sens, ou un sens très relatif.

    Je ne sais plus en quelle année je l'avais lu. Le livre a été publié en 2001 chez Gallimard et l'édition que je possède est la première. Je n'ai pas souvenir toutefois de l'avoir acheté à sa sortie. C'est plutôt vers 2005 que je suis revenu (un peu) à Botho Strauss. Le soulèvement contre le monde secondaire m'avait fait forte impression (pensez donc, un dramaturge contemporain reconnu qui cite Nicolás Gómez Dávila). Vingt ans déjà ; c'était hier.

    Je suis donc tenté de dire que j'ai lu 2-3 fois Les erreurs du copiste. Parce que je le lis lentement et parce qu'il n'y a pas de page (ou presque) qui ne me fasse revenir à la précédente. Deux pages en avant, une page en arrière.

    Je vais faire un tour sur le site de Gallimard. Sauf erreur, aucun livre de Botho Strauss n'y a été publié depuis. Cela fait presque ving-cinq ans, donc ; mais c'est peut-être justement parce qu'il est, je cite la quatrième : le plus important des auteurs dramatiques et des prosateurs allemands (vivants, j'imagine). La conversion à la médiocrité a fini de toucher les grandes maisons. 
    Site de l'Arche éditeur. Viol en 2005, Ithaque en 2010. Puis, sauf erreur (les titres ne sont pas classés dans l'ordre du publication, ni d'ailleurs dans aucun autre), plus rien. Il y a donc eu un tournant dans l'œuvre de Strauss, jusqu'ici très contemporain-contemporain, avec ces adaptations de Titus Andronicus et du retour à Ithaque d'Ulysse.
    Il semble en tout cas que rien depuis 2010 n'ait été publié en français.
    Je lirais volontiers Saul, mais je ne trouve la pièce qu'en allemand (et mon piètre allemand ne me permettra pas ça...).

    L'impression paradoxale et double, dans ma lecture de la première partie : celle, qui ne m'arrive que très rarement, que c'est moi qui écris, renforcée par le fait que je vis désormais à la campagne et que je vis certains moments d'une troublante proximité avec ceux qu'il écrit (les meuglements des vaches auxquelles on a enlevé leurs petits) ; et simultanément, celle que je dois passer ce que je lis d'une langue dans l'autre (et je lis pourtant la traduction française de Colette Kowalski), en quelque sorte, de son français dans le mien, ce qui est sans doute la cause de cette agréable lenteur et de ce deux pas en avant, un pas en arrière.

    La critique par petites touches, sans appuyer, que dresse Strauss d'une culture, d'une civilisation exterminant son propre passé, par bonne conscience (par volonté de conscience, serais-je tenté de dire à la Nietzsche) est très juste. 

    Mais le livre est aussi, surtout, le livre de Diu. Diu est le nom que l'auteur donne ici à son fils. C'est le diu du jour, le diu de diurne, et pas moyen en français de ne pas lire Dieu (une coquille du copiste, sans doute).
    « Je me souviens que je suis obligé d'introduire mon petit garçon dans une société que je tiens pour usée et débile. Dont je n'attends rien, sinon que lentement, mais peut-être aussi promptement, elle se vide de son sang. »
    Je me souviens que ces lignes m'avaient ému, en 2007 ou 2008 (plutôt qu'en 2005 ! voilà qui précise l'année potentielle de première lecture) car je ne pouvais pas ne pas penser à mon fils (né en mai 2007). Aujourd'hui, les notations sur sa mère vieillissante trouvent en moi un immédiat écho, qu'elles n'avaient pas alors trouvé. Je copie celle-ci (avec une pensée pour l'ami Fred Pougeard) :
    « Je vois sur une photo la grâce ingénue d'une jeune femme qui émerge d'un milieu modeste d'employés des douanes, charme un homme et met au monde un enfant, et, levant les yeux de la photo, je regarde son visage, le visage creusé d'une vieille femme qui cherche à rassembler ses pilules. J'examine encore une fois : sur la photo, le frais étincellement des yeux qui manifestement a contribué à ma venue au monde, et l'œil maintenant terne qui surveille péniblement les plus pauvres travaux. Je ne comprends pas. La nudité de la défiguration me donne le frisson. Si c'est cela, l'habituel, alors on l'appelle ainsi parce que personne n'a le temps de s'y habituer. »

    Je ne sais pas qui sont Erich Voegelin et Ceronetti, je note leurs noms.
    « Je lis pendant la nuit cette remarque profonde de Ceronetti selon laquelle les dictateurs, les terribles nihilistes, ne veulent que l'art positif, ils ne supportent pas les pessimistes. « Tous ceux qui connaissent la vérité de la souffrance gênent leurs plans destinés à augmenter le malheur dans le monde. » (Pensieri del Tè) »

     

    (Je poursuis mon tour des éditeurs français de théâtre sur internet (ce n'est pas brillant). Les éditions théâtrales notent ainsi, au détour d'une phrase concernant leur politique de réception des manuscrits : « (les vaudevilles, pièces en versification classique ou à la structure classique - découpage en actes, scènes, etc. - ne correspondent pas à notre ligne éditoriale) ». Le nombre des choses à ne pas faire croît (le découpage en actes et scènes, je n'avais pas encore vu). Un jour viendra où l'on refusera toute phrase syntaxiquement correcte.) 

     

    Il est amusant de se dire que ce qui nourrissait le dramaturge d'avant-garde admiré par tant de gens qui, au fond, n'y comprenaient goutte, c'était précisément la tradition ; celle-là même que nombre de ces gens voudraient au bas mot malmener (mais il se peut, en dépit qu'ils en aient, qu'elle demeure hors leur portée, et qu'ils n'en attaquent que le mot).
    C'est d'ailleurs à présent la compréhension scientifique du monde qui passe parfois, discrètement, dans la trame des pages :
    « Tantôt les années ont passé, tantôt elles sont de nouveau là. Ce que nous vivons n'est pas une histoire, mais seulement des éléments du tout qui sautent arbitrairement de-ci de-là.»

    Ou, bien plus loin :
    « Il s'agira pour l'individu de vivre une sorte de schisme culturel et de l'éprouver comme équilibre, non comme écartèlement. Le mieux adapté à la vie est celui qui vit scindé. »

     

    Mais ce qui est émouvant, c'est aussi la présence de ces notations parmi les descriptions des paysages offerts à l'auteur par son regard sur la campagne allemande, et cette phrase par exemple dans laquelle j'entends grâce et malgré la traduction un écho claudélien :
    « Le brouillard blanc sous la lune d'où le paysage émerge comme aux premiers jours du monde ! »

    C'est un crève-cœur de terminer ce livre. Je ralentis.

     

    Il fait bon lire dans Dávila la première phrase de la journée : « Pour lire un livre comme il convient il faut être de sa famille. » Voilà, on est mis en condition.

    Qu'ajouter ?

     

    14 novembre 2025

     

     

  • Que sait Wittgenstein ?

    « Un problème philosophique est de la forme : je ne m'y retrouve pas. »
    Wittgenstein, Recherches philosophiques

    Il est amusant de se dire que si l'étonnant aventurier Wittgenstein avait simplement suivi un cursus ordinaire (universitaire) de philosophie, il aurait été considérablement plus empêché de développer sa propre pensée. Arrivant à la philosophie par la logique mathématique après des études d'ingénieur, il se dispense en quelque sorte lui-même de toute la part de formatage (plus ou moins 82,5%) que comporte hélas toute formation digne de ce nom. Il cherchait même parfois à dissuader certains de ses étudiants de Cambridge de poursuivre des carrières universitaires, assurant lui-même ne demeurer là que parce qu'il était capable de produire son propre oxygène. Mais il est très important aussi qu'il ait enseigné dans une grande Université, pour l'enseignement lui-même évidemment (et celui-ci me semble avoir été très expérimental et bien peu magistral), mais aussi parce que cela permet que sa pensée soit prise en compte par l'institution, et partant conservée au prix de son académisation à marche forcée ; car on peut toujours dire, me semble-t-il, qu'il ouvre une voie nouvelle, comme en son temps Descartes, rien n'empêchera le rouleau-compresseur de l'histoire de la philosophie aplatie.
    Quelle idée stupide ai-je eu, aussi, de faire d'un certain L. Wittgenstein (le L. renvenrait-il parfois à Léonard) un personnage de la sixième série en cours de mon urtheatron ?

    Voilà ce que je maugréais en lisant le « Que sais-je ? » sorti en octobre et consacré à Wittgenstein. C'est un défi que l'universitaire Élise Marrou relève facilement (dirait-on), de présenter l'intégralité du parcours philosophique de Wittgenstein en une centaine de pages ; tout au plus pourrait-on dire que, le plan d'ensemble de l'ouvrage étant bien conçu, les différents moments de la pensée du philosophe ont un peu l'air de sortir comme naturellement l'un de l'autre, et  de ne procéder finalement d'aucun accident. 
    Lire à propos de Wittgenstein au début de l'ouvrage (p. 35) que la philosophie n'est donc pas systématique et qu'elle n'a d'autre résultat que la clarté peut prêter à sourire. Je dois confesser que toutes les propositions du Tractatus Logico-philosophicus ne me sont pas d'une clarté des plus... claires.
    Le « Que sais-je ? » d'Élise Marrou atteint brillamment son but pédagogique, quoi que certains passages demandent du lecteur une concentration certaine (étonnamment surtout dès le départ, avec Carnap (je ne connais pas du tout Carnap)) (mais pourquoi ne devraient-ils pas la lui demander ?). Il est même presque surprenant que la troisième et dernière partie (avant conclusion) à sa cime nous entretienne de la vie intérieure, de la grammaire du cœur et finalement de la foi (mais il est vrai que la vie monastique avait tenté le jeune Wittgenstein) :
    « La foi n'a rien d'une obédience sereine, le doute et même la notion de risque y prédominent. Sa teneur ne peut se mesurer qu'à l'aune des actes qui l'exprime et de l'importance qu'elle tient dans une vie donnée. » 


    Pour boucler cet articulet sur son commencement, je termine en citant un passage de la conclusion du petit ouvrage :
    « La philosophie telle que Wittgenstein la pratique se définit contre les pratiques académiques et disciplinaires de la philosophie. Elle dissout les problèmes qu'elle suscite
    , fait s'évanouir et disparaître l'anxiété à la manière d'une thérapie. »

    9 novembre 2025

     

     

  • Autour du *Problème à trois corps* de Liu Cixin (et finalement d'Elon Musk)

    Notes prises au vol (avec une chute partie en c.acahouète).

    Si la planète Trisolaris a trois soleils, alors il y a en termes gravitationnels un problème à quatre corps, non à trois. Sans doute est-ce là un clin d'œil à Dumas, dont les trois mousquetaires étaient quatre.

    Page 32 du Problème à trois corps de Liu Cixin, ce paragraphe résume sans doute la pensée d'une héroïne (Ye Wenjie), mais pas seulement :
    « Il était bien possible que toutes les actions humaines soient mauvaises par nature et que différentes personnes puissent démasquer différentes sortes de mal. L'humanité ne saurait jamais atteindre une véritable conscience morale, de la même manière que l'homme ne pouvait s'élever du sol en tirant sur ses propres cheveux. Pour réussir, il fallait l'aide d'une force extérieure à l'homme. »
    Voilà qui sonne étrangement ufo-gödelo-catholico-compatible. Ufo l'emporte d'évidence.
    Mais le catholicisme semble combattre en seconde ligne (je le dis depuis ma lecture en cours du second tome La Forêt sombre, qui confirme). Quand Wang Miao, désorienté, erre en auto puis à pied, lève la tête pour voir où l'a mené son subconscient, il est assis devant l'église Saint-Joseph de Wangfujing.

    Le roman s'ouvre en 1967 sur des scènes d'une grande violence perpétrée par les sicaires, parfois encore adolescents, du cher Mao Zedong.  Comment cela a-t-il pu passer la censure (Liu Cixin étant un vrai Chinois de Chine) ? Sans doute parce que la Révolution culturelle, s'éloignant dans le temps, pouvait commencer à être critiquée en Chine ; sans doute aussi parce que la SF était encore considérée comme un genre mineur, pas digne d'intérêt (le livre a d'abord paru en feuilleton en 2006)... 
    (Se pourrait-il alors que le succès de Liu Cixin rende la tâche plus ardue à ses successeurs ?)
     
    Ce qui est vraiment plaisant dans ce roman, outre l'intrigue scientifique (avec ses défauts de construction qui me sont vraiment plus sympathiques que tous les arcs narratifs convenus de la production thrilleresque lyophilo-américanisée), c'est de voir le monde par les yeux d'un écrivain chinois cultivé ; et que le salut du monde, s'il est possible, ne pourra venir que des développements scientifique, technologique et économique passés au crible organisationnel militaire. Autant dire que l'intégralité des choses qui requièrent notre attention politique ici, dans le bas marigot d'une classe d'abrutis et de traîtres, n'a aucune espèce d'importance. Il n'est question, après tout, que de la domination du monde (corollairement, de la ruine financière et de la mise au pas politique de ceux qui seront dominés).
     
    Le truc malin de Liu est donc d'éviter la guerre mondiale annoncée USA(OTAN)/Chine en créant une coalition mondiale de toutes les nations contre les Trisolariens, qui veulent exterminer les Terriens pour tout simplement prendre leur place ; l'intrigue ufologique n'est rien moins que la voie de la métaphore. Qui sont-ils donc, les Trisolariens ?
     
    Leo Strauss, il m'en souvient, pensait que Thucydide ne pouvait ouvertement dire dans La guerre du Péloponnèse que les institutions de Sparte lui paraissaient plus solides et durables que celles d'Athènes ; puis la défaite d'Athènes entraîna un long naufrage de la pensée...
     
    Pour terminer sur une note gentiment polémique, je citerai l'ami Joan Larroumec faisant (le 4 octobre 2025) le constat de l'importance du pourtant peu sympathique et légèrement psycopathatique Elon Musk : 
    «Les 5 entreprises non cotées les plus valorisées du monde : 1. OpenAI 500 milliards de dollars. 2. SpaceX 400 milliards de dollars
    3. ByteDance 330 milliards de dollars. 4. Anthropic 183 milliards de dollars. 5. xAI 113 milliards de dollars.
    Open Ai, Space x et xAI fondées par Musk. Anthropic fondée par Dario Amodei, recruté chez Open Ai sur demande et grâce à Musk.
    Musk est a l’origine des 4/5e des 5 plus grandes entreprises non cotées de la planète.
    On peut aussi dire sans exagérer deux autres choses :
    - aujourd’hui les seules industries de pointes américaines à grande échelle qui tiennent tête à la Chine ce sont Tesla et Space X.
    - la renaissance de l’IA n’aurait jamais eu cette ampleur si Musk n’avait pas à lui tout seul décidé de défier le monopole de Google.
    Ainsi, une énorme partie de ce qui fait que les Etats-Unis sont encore dans la course à l’hégémonie repose sur un seul homme.
    Qui a bien sûr bénéficié de l’écosystème historique de la Californie, des multiples milliardaires qui la peuplent, des grands plans du gouvernement américain, de budgets publics, du plus gros marché de consommateurs de la planète, etc. »
     
    Heureusement, nous avons Sébastien Lecornu II. Et tous les autres débiles. (Dont Mélenchon, seul djihado-maoïste conséquent.) Il n'y a pas que l'hégémonie mondiale, dans la vie.
     
     
    15 octobre 2025
     
     
     
     
  • Volkoff en passant

    Bref extrait de la machine :

    Pour me débarrasser rapidement de cette nouvelle de Volkoff, « Les Fils de chienne », que l’on peut lire dans Le Berkeley à cinq heures, je vous dirais seulement qu’elle installe avec facilité (dans les deux sens) une intrigue d’espionnage qui pose la question de savoir si le président des États-Unis George Bush (père), ancien patron de la CIA, est l’officier traitant du président de l’URSS Michael Gorbatchev ; à moins bien sûr que ce ne soit l’inverse. Le colonel Rozotchkine, du Premier Directorat du Guébé, que le hasard et son industrie, ont mis dans le secret, sait qu’il est un homme mort chez les Soviétiques comme chez les Américains et décide donc de passer aux Français. Ce sur quoi en tout cas, les deux chefs d’État sont en accord total, quel que soit l’OT et l’agent, c’est que ces European SOB (que Volkoff traduit trop élégamment par « fils de chienne ») doivent être mis à genoux. À voir l’état de l’Europe trente-cinq ans plus tard, on se dit qu’il se peut que cette improbable alliance ait réussi au-delà des espoirs permis, avec l’aide de nos Jaruzelski de France et d’ailleurs. Est-il vraiment important qui de Mickey Pump et de Serguei Sergueievitch Flegmatov est l’officier traitant de l’autre ?

    29 mars 2025

  • Nouvelles de la machine

    Retour à la machine, après avoir passé un mois à écrire un poème que d'abord j'ai cru dramatique, et qui ne le fut qu'en cela qu'il ne l'était pas, mais pas du tout. Ayant lu à haute voix une version presque aboutie, douze minutes, je me suis aperçu qu'on n'y comprenait goutte, sans la typographie et sa ponctuation doublée d'un jeu de parenthèses. Finalement, le poème a repris place... dans la machine.

    Je joue un peu avec mes limites.

    La première partie de cette machine affiche 61 800 mots et passe les 353 000 caractères espaces comprises. Elle a pour titre le nom d'un personnage. Qui d'ailleurs n'y paraît pas vraiment. Il dit deux phrases au téléphone.

    Je viens de jeter hors la machine plusieurs mois de travail (14.000 mots). Hop. Cela encombrait. Des morceaux resserviront, j'en décongèlerai l'un ou l'autre morceau, un jour de disette.

    24 mars 2025

     

  • urtheatron

    Cette fois, je me suis égaré tout à fait. C'est certain.

    J'ai rechuté. Plus grave crise depuis 2011, Une pièce parfaite, Personne, et 2012, La fin du monde (prologue). Je n'aurais pas dû remettre un œil dans Mallarmé.

    Le drame bref, plus court encore qu'avant, m'est apparu, de façon parfaitement abrutie, comme une forme neuve, peut-être même d'autant plus nécessaire que nul, je crois, n'en fera rien, au sens de faire concrètement advenir la chose sur la scène (ouf).

    J'ai mis à jour mes conditions personnelles d'utilisation du théâtre (urtheatron). Puis j'ai pris un morceau de la machine en cours  concernant l'astronaute perdue (ce que je peux m'en foutre, au fond) et je me suis lancé dans l'écriture prose/vers de la chose. Commencée le 19 février. Touche à sa fin aujourd'hui, le 17 mars. Moins de 2000 mots (environ 15 minutes parlées.)

    Sont passés dans cette moulinette condensatoire presque tout ce qui traîne depuis des siècles dans ma caboche. En mode synthétique, donc. Comme les ciels. Cette fois pas salopés d'amour.

    Tout ça pour ça. Et je tiens que ce n'est pas très jouable. A cause, il faut le dire, des parenthèses. 

    17 mars 2025