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  • Angiomes, de Frédérick Houdaer

    Trouvé il y a un mois dans un bac de livres à un euro et acheté quand même (parce que le gars sur Facebook a l'air sympathique) ; lu hier en une grosse demi-heure.

    Les petites notations de Frédérick Houdaer ne sont pas tout à fait inintéressantes, même si la raison pour laquelle ces petites proses ont été déponctuées et démajusculées puis ventilées sur la page me demeure inaccessible (c'est souvent le cas).

    On apprendra peu de choses sur l'auteur (sinon qu'il est allé au Québec et que parfois des femmes le quittent) et vraiment rien sur la vie. Il y a tout de même deux ou trois pages qui forcent le sourire (Le sort d'une femme au XXIe siècle m'a même fait rire), ce qui dans un prétendu « recueil de poèmes » est très supérieur à la moyenne, et certaines choses sans intérêt qui m'ont intéressées (Toujours elle), parfois parce qu'elles avaient le bon goût de me rappeler d'autres écrits d'excellents auteurs (Ask to dust
    ).

    Houdaer a de l'humour, ce qui n'est pas désagréable, ne se prend pas top au sérieux, ce qui est lucide (et plutôt rare), est sous influence culturelle amerloque relative (6,5 points sur 10 estimés). Je revends le bouquin deux euros (sans le port).

    PS : Ce que je pense de cette vilaine « critique » tient dans cette phrase d'Houdaer qui aurait été plus jolie en prose :
       la poignée de terre que jette un zombie
       sur un autre zombie
       est aussi fertile
       que le goudron brûlant répandu sur la route

     

    28 juin 2026

     

     

    Lien permanent Catégories : Livre
  • Mes écritures, en vitesse

    Il y a l'écriture des pièces un peu sérieuses, à caractère politique, avec une seule intrigue et un nombre de personnages limités ; celle des pièces plus farcesques et improbables, très violentes, au langage peu ou pas châtié, avec une débauche de personnages et d'énergie ; celle de ce que j'appelle les hyperbrèves, pièces de quelques vers, qui sont pléthore (plus de mille) et dont les combinaisons sont pour ainsi dire infinies ; quelques critiques de livres ou de la société : toutes ces écritures ont en commun d'être assez enlevées et pour être franc, de relever de l'improvisation (je pars sans plan, avec quelques personnages et je vois  ça va). — Et puis il y a des sortes de paraboles ou de poèmes, sérieux jusque dans l'humour, et très noirs, qui s'écrivent lentement. 
    Les vers, qui peuvent se retrouver dans presque toutes ces écritures (sauf la critique peut-être), relèvent généralement du non-sérieux, surtout s'ils respectent les règles.

     

    27 juin 2026

    Lien permanent Catégories : Journal, Théâtre
  • Les Temps sauvages, de Joseph Kessel

    « Alors m'est revenu à la mémoire un ancien, très ancien dicton russe, ou proverbe, ou bout de chanson. C'était une fille perdue qui parlait.
    — Aime-moi noire, disait-elle à un homme. Blanche, tout le monde m'aimerait.
    »

    Je n'ai jamais lu Kessel. Les Temps sauvages est son dernier récit, publié en 1975. L'action se passe cinquante-cinq ans plus tôt, en 1918 et 1919, aux vingt ans de l'auteur. Le livre est court, en trois parties. La première raconte la fin de la guerre, où Kessel sert comme aviateur. Il décide, à cause de ses origines russes, de se porter volontaire pour une mission en Russie ; laquelle n'a déjà plus d'objet quand elle commence, puisqu'il embarque pour New York le 11 novembre 1918 (les avions d'ailleurs n'arriveront jamais à Vladivostok). La traversée des USA où les aviateurs français sont fêtés où qu'ils aillent ressemble à une longue gueule de bois bon enfant, dans un pays en paix qui s'apprête d'ailleurs à voter la Prohibition. Puis on part pour Vladivostok, « Seigneur de l'Orient », titre de la seconde partie. Ce n'est pas certes la guerre mais ce n'est pas du tout la paix. Tout est pourri de corruption, sauf les Tchèques ; et la mort est omniprésente, avec ses trains de cadavres empilés stationnés là pour jamais, la violence la plus folle rôde et tel lieutenant cosaque défigure de son fouet le colonel qui lui fait reproche de l'usage qu'il vient d'en faire sur un homme (il n'y aura pas de sanctions, on le sait). Il n'y a rien d'autre à faire la nuit que ne pas dormir et boire, boire encore, à L'Aquarium. Dans la troisième partie, « Aime-moi noire », il y a l'insaisissable Léna, amoureuse abandonnée là par un officier, devenue putain de seize ans à la voix tragique, que Kessel aime peut-être, ou qu'il déteste, de ne rien pouvoir pour elle, pas même la soigner ; reste à boire encore, puis partir. A vingt et un ans. Je ne sais pas si c'est un livre initiatique, puisqu'on ne se remet pas de l'épreuve. Du tout. 

    25 juin 2026

    Lien permanent Catégories : Livre
  • Mission Sarajevo, de Gérard de Villiers

    Lu dans le ouiquenne. Acheté 1 € pour voir ce que disait du conflit ayant inauguré en 1991 notre ère européenne (conflit qui est aussi celui, très difficilement compréhensible alors, de mes 20 ans) le toujours très bien renseigné Gérard de Villiers, le plus souvent écrivant en direct, du point de vue de la CIA.
    Le souvenir d'une guerre d'un degré certain de barbarie (dans lequel aucun des belligérants ex-yougoslaves n'a rien à envier aux autres) est en quelque sorte « vérifié » dès le premier chapitre. (Évidemment, il faut ensuite se fader ce pauvre Malko qui tourne à une sodomie toutes les trente pages, avec des créatures improbables qui n'ont le plus souvent pas d'autre fonction fondamentale (si j'ose dire, et la snipeuse exceptée) que de recevoir en elles Son Altesse Sodomissime.)
    Notons que le livre est écrit en 1993, et qu'il reste presque trois ans encore de siège à Sarajevo, six ans avant que la Serbie ne soit bombardée par l'OTAN, huit ans avant que ce conflit de dix ans ne s'achève...

    Gérard de Villiers est vraiment renseigné et sa description de la ville de Sarajevo assiégée fonctionne. Ce qui est remarquable, à le lire en 2026, c'est le nombre et l'importance des Iraniens que l'on rencontre dans le livre. (Il y a bien aussi un iconoclaste Ukrainien de la Forpronu, mais le voisinage géographique et la présence abracadabrante du Bidule onusien le rendent plus attendu.)
    La politique iranienne selon Villiers consiste à inciter fortement, violemment, la Bosnie musulmane (également soutenue par les USA, ce qui fait que le président Izetbegović a des conseillers aux visées diamétralement opposées, conflit interne qui manque de disperser les couilles du cher Malko dans le sanguinaire potage en cours) à se muer en République islamique : et pour cela, on pratique sans vergogne la politique du pire : plus sera grand le nombre de musulmans qui crèveront dans Sarajevo, plus leurs frères rejetteront l'Occident et se tourneront vers le fondamentalisme.
    Pendant ce temps, notre supplétif autrichien de la CIA, SAS, cherche des missiles Stingers US malencontreusement égarés là (ils avaient antécédemment vendus aux Afghans luttant contre la Russie encore soviétique), et de la destruction desquels dépend, ainsi que l'a décidé un George Bush (père) en campagne électorale, la reprise du pont humanitaire (car les Américains sont plus gentils que les Iraniens).


    17 juin 2026

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  • Le Christ s'est arrêté à Eboli, de Carlo Levi

    J'étais certain de mal comprendre le titre, spontanément entendant quelque chose comme Le Christ a passé une nuit à Eboli. Mais Carlo Levi explique d'entrée de jeu que le Christ, la Chrétienté, l'individuation même se sont arrêtés à Eboli et ne sont jamais allés jusque dans le village de Lucanie où son exil, son confinement pour activités antifascistes, le mène en 1935.
    (Je note à ce propos que les gougnafeurs de chez Folio nous ont salopé le bouquin en lui collant une photo couleur laide d'un portail en fer forgé surmonté d'une croix : ils n'ont pas lu le livre de Carlo Levi et n'ont donc sans doute pas su qu'il était également peintre et que le village de son exil l'avait considérablement inspiré.)

    Les paysans de Gagliano vivent dans un monde pauvre et fruste, mais magique, où le symbole est vivant, davantage même que la réalité ; un monde pré-chrétien et même pré-romain (au double sens de l'Empire et de la Chrétienté, donc), un monde anté-étatique (mais qui a l'intuition juste cependant de ce que devrait être l'État ; et qu'il n'est jamais), par opposition au monde déjà presque post-chrétien des grandes villes — on peut presque comprendre le fascisme environnant ces villages oubliés comme une volonté de s'accrocher de force à des coutumes anciennes, moribondes, mortes même, comme une façon de ne pas voir que le monde chrétien, prétendument civilisé, agonise de corruption.
    Plusieurs millénaires séparent les paysans de Gagliano des citadins romains, fascistes ou non.

    Dans ce village aride de Gagliano, les paysans sont méprisés des seigneurs (les bourgeois locaux), qui eux-mêmes tentent difficultueusement de se faire bien voir des gens importants des villes plus grande, Matera la désolée, Naples, Rome. Ils sont les descendants des brigands, paysans révoltés qui, comme dans toutes les luttes paysannes, sont allés d'échec en échec et de flambées de violence en flambées de violence quand l'oppression se faisait trop insupportable.
    L'auteur, qui veut peindre, mais que le village rappelle rapidement à sa carrière abandonnée de médecin, se prend très vite d'affection pour ces gens frustes et pauvres — au contraire des deux autres médecins locaux, aux intrigues minables et à la pingrerie de cœur et d'esprit.

    Publié en 1948 dans une belle traduction de Jeanne Modigliani, Le Christ s'est arrêté à Eboli n'est pas un roman. C'est une chronique d'exil, de confinement, d'une justesse et d'une sobriété rares. C'est un livre d'une grande profondeur, qui n'est pas sans rappeler la Sicile de Sciascia (plus que celle de Lampedusa) grâce à ce genre littéraire qui n'en est pas un vraiment mais qui, à son sommet, passe l'art romanesque (qui paie l'artifice de sa construction) et culmine chez Czapski ou Canetti, ou encore, puisqu'il est également médecin, chez Axel Munthe dans son Livre de San Michele.

    Un passage, parmi tant, d'une beauté saisissante et d'une compréhension profonde de l'humanité, raconte comment une injustice réelle et ressentie, sans doute même amplifiée de malentendu (on a interdit à l'auteur d'exercer la médecine et cela, croient les paysans, a causé la mort d'un des leurs) leur fait prendre les armes contre les seigneurs, dont ils entendent se venger ; mais comme la vengeance n'est pas assouvie de suite, la colère retombe et vient alors le temps où surgit comme de rien un théâtre de fortune, où la scène de la mort de l'un des leurs est jouée par les paysans sous les fenêtres des seigneurs, et se déplace d'une maison à l'autre. La violence s'est effondrée en art.

     

    15 juin 2026
     

  • Un dimanche ensoleillé

    C'est un dimanche ensoleillé, chaud.
    Dans la fraîcheur de la maison, je cherche un livre à lire.
    J'ai terminé la veille au soir Le Couteau de Salman Rushdie. 
    Je cherche un livre court.

    D'abord, en début d'après-midi, j'ai pris Orient de Pius Servien. 
    1942. Avec C'est un des recueils de poèmes auxquels je reviens régulièrement.
    C'est d'une très grande beauté. 
    Servien est oublié.
    Quand je pense à ce qu'on nous dit être de la poésie...

    Ensuite, dans le recueil Paysages de l'âme d'Hugo von Hofmannsthal, j'ai lu, pour la première fois dans la traduction de Charles Du Bos, la Lettre de Lord Chandos.
    C'est toujours aussi étonnant. Le projet de l'auteur semble tourner en chemin, et peut-être est-ce qui donne à ce texte son éclat singulier.

    Au début de la soirée, la température ayant un peu baissé, je me suis installé dehors et j'ai relu pour la énième fois la vingtaine de pages intitulées « La Persécution et l'Art d'écrire » dans le livre de Leo Strauss intitulé La Persécution et l'Art d'écrire, traduit par Olivier Sedeyn.
    Il devrait aller de soi que l'art d'écrire demande un art de lire.

    Ces trois œuvres ont pour point commun d'être belles et courtes. Elles se sont réunies pour la première fois en une après-midi de printemps accablante de chaleur. La probabilité qu'un autre lecteur ait jamais lu ces trois textes dans la même journée est sans doute très infime.



    28 mai 2026

  • Voyage à Alamût, de Brion Gysin

    Deux crétins défoncés (Brion Gysin et Lawrence Lacina : ils sont artistes, Américains et vivent à Saint-Germain-des-Prés, le Peredelkino français) en voyage en Iran en 1973 se rendent à Alamût où exercèrent il y a mille ans le Vieux de la Montagne et ses assassins ; il n'y a rien à voir et ils n'ont rien à y faire, sinon fumer des joints. L'extrême brièveté du récit de Gysin, 65 petites pages, ne parvient pas à le rendre intéressant. L'interview de Lacina répète le même périple sans plus d'intérêt. (Ces deux-là, à force de l'encenser, vous feraient douter que Burroughs ait eu du talent...) Nathalie H. de Saint-Phalle enchaîne une post-postface à sa postface et atteint une forme assez pure de vacuité vaine. Mais les éditions Allia, ajoutant encore deux pages dispensables de préface de Bernard Heidsieck, ont fait un joli petit bouquin de... 115 petites pages.

     

    1er juin 2026

     

     

  • Le Couteau, de Salman Rushdie

    Rushdie est une force qui va.
    L'attentat (une quinzaine de coups de couteau) dont il fut victime en 2022, à 75 ans, l'a ramené un temps à redevenir l'auteur des Versets sataniques ; et il écrit Le Couteau précisément afin que ce temps, cet entre-temps, passe et surtout se termine.

    « La question se pose (et on n'a pas manqué de me la poser depuis l'attaque) : ai-je eu tort d'adopter cette nouvelle vie insouciante ? Avec le recul n'aurais-je pas dû être plus prudent, moins ouvert, plus conscient du danger caché dans l'ombre ? M'étais-je construit un monde d'illusions pour découvrir, deux décennies plus tard, à quel point j'avais été naïf ? Est-ce que je m'étais, pour ainsi dire, livré au couteau ?
    En d'autres termes, comme bien des gens l'ont dit dès le début : était-ce ma faute ?
    Pour être absolument sincère, les premiers jours dans ce service de traumatologie d'érié, alors que j'étais faible et déprimé, je me posais moi-même la question. Mais quand j'ai repris des forces physiques et mentales, c'est une analyse que j'ai rejetée catégoriquement. »
    Il y a Rushdie et il y a nous, Occidentaux à la pensée en bouillie. Le dernier paragraphe ci-dessus dit aussi combien nous sommes faibles et déprimés ; et qu'il nous faut reprendre des forces physiques et mentales.

    À la violence, il veut répondre par l'art ; et par l'amour. Et il le fait.
    Son épouse, la poète Rachel Eliza Griffiths, l'accompagne au jour le jour, surmonte et aplanit les difficultés ; sa famille, sa sœur et ses enfants, le soutiennent. Il se reconstruit. De l'homme qui a tenté de le tuer et qui a bien failli y parvenir, il ne sera finalement que peu question, sauf dans un dialogue imaginaire tout à fait remarquable. Il ne cède pas à la haine. (Elle doit pourtant le tenter fortement, parfois.)
    Le Couteau est une manière d'apostille (que l'auteur se serait volontiers dispensé d'écrire) à son autobiographie Joseph Anton et le plus grand mérite de ce court livre est encore de rappeler, avec son inimitable talent de conteur, que l'essentiel de son œuvre se trouve dans ses romans (une des grandes forces de l'auteur est d'avoir jamais laissé la fatwa iranienne de1988 entrer jamais dans ses romans. Vade retro, en somme).



    28 mai 2026

     

    Lien permanent Catégories : Livre
  • La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, de Joël Dicker

    Construction remarquable. Ecriture transparente sans aucune aspérité pour que rien ne freine la lecture. Dans un français comme déjà traduit de l'américain. Tellement de retournements que cela m'a rappelé une série de tonneaux jadis effectués comme au ralenti dans une auto sortie de la route (on attend que ça s'arrête). L'idée plutôt basse que le narrateur se fait de la littérature semble intégralement empruntée à l'auteur, ce qui est cohérent. Ce roman est un psychotrope puissant, qui par bonheur vous hâte vers sa fin. Bref, un très bon livre de plage, parfait pour les gens qui n'aiment pas vraiment lire.

     

    28 mai 2026

    Lien permanent Catégories : Livre