Plus je lis, plus j'en suis persuadé : le poème dramatique (le théâtre, jusqu'à il y a peu) est la forme supérieure de la poésie. C'est pour cela d'ailleurs que si peu de gens en lisent. A commencer par les poètes. (Soyons honnêtes : les acteurs dans ce pays ne lisent de théâtre que ce qu'ils jouent, et dès qu'ils tombent sur un auteur qui n'a pas lu que ce qu'il écrit, ils ne comprennent plus que superficiellement et jouent moins le texte qu'ils ne donnent le change). La domination commerciale du roman qui est hélas celle de la médiocrité a tiré vers le bas tout l'édifice littéraire.
Presque rien ne rivalise avec Sophocle. L'habitude que nous avons en France de déprécier nos écrivains nous empêche de considérer que Dom Juan est un pièce aussi claire, profonde et mystérieuse qu'Hamlet. L'actuel mépris du poème dramatique, qui a gagné la quasi-intégralité des milieux culturels (théâtre en tête), tient à sa supériorité même. La lecture est le dernier refuge.
Si l'on tient un instant pour vrai la définition que donne Ezra Pound de la grande littérature, c'est à dire de la littérature : simply language charged with meaning to the utmost possible degree (simplement du langage chargé de sens au plus haut degré possible), alors il faut admettre que le théâtre seul charge aussi le silence de ce plus haut degré possible de sens. Réussir une pièce est donc chose très difficile, d'où le très grand nombre de merdes.
(Le roman demeure plus facile à lire, tout y étant mâché, saturé, et le silence raconté. Le poème, plus encore petit que court, recueille l'épanchement plus ou moins douloureux, et l'enfance, ah, l'enfance... ainsi que tous divers vasouillages narcissiques.)
25 septembre 2026