Je n'ai vu pour l'heure que la bande-annonce du film L'abandon consacré à l'assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020.
Certaines critiques disent que le film est glaçant par ce qu'il montre de la barbarie islamiste et de la lâcheté des cadres de l'Education Nationale, d'autres déplorent qu'il donne en quelque sorte une image négative du terrorisme musulman.
Cela m'a rappelé cette phrase de Guy Debord qu'on peut trouver dans Les Commentaires sur la société du spectacle (qui sont de 1988).
« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. »
Peut-être ce film a-t-il le rare talent de présenter ensemble et les ennemis et les résultats.
Je termine sur deux courtes citations tirées d'une note publiée sur Facebook par le mathématicien Antoine Ducros :
« L'histoire se déroule mi-octobre 2020, donc quinze jours avant le second confinement. À cette époque, tout le monde est masqué, en intérieur comme en extérieur, il y a des mesures de «distanciation physique», des gestes barrière etc. Or rien de tout cela n'apparaît dans le film. »
« [...] reste que lorsqu'on fait un film sur une histoire se déroulant à une époque donnée, on la restitue en général fidèlement (vêtements, parc automobile, musique...), et que là on ne l'a pas fait. Il me semble donc que c'est un symptôme d'un phénomène que j'ai déjà observé (et dont j'avais déjà parlé ici) : il y a une forme d'amnésie ou de déni de la période des masques et confinements, au sens donc où on la représente très peu au cinéma, mais au sens aussi ou il n'y a aucun bouquin un peu documenté racontant le déroulement de la crise, les dilemmes des responsables politiques, la façon dont ils ont pris leurs décisions, etc. »
L'abandon aurait-il pu être un film où l'on ne voit de visages que lorsque les personnages évoluent dans l'espace privé ?
22 mai 2026