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La mort de Guykafi, de Vincent de Paul Nyonda

La mort de Guykafi est une tragédie. Rien de moins. En cinq actes nettement découpés.
Elle date de 1966 et si je comprends bien inaugure en quelques sorte le théâtre gabonais. Elle est représentée pour la première fois en 1966 au Sénégal, en même temps d'ailleurs que La tragédie du roi Christophe d'Aimé Césaire.


Les forces qui veulent freiner le destin sont trop faibles ; elles échouent ; pire, elle accélèrent sa venue ; nous sommes plus près des Grecs que des chrétiens et nous sommes au Gabon. (Les forces chrétiennes seraient-elles celles qui échouent toujours à empêcher la tragédie ?)
La veuve Ngoué-Passa ne veut précisément pas que le destin de violence se répète et interdit à sa fille Maroundou d'épouser le grand guerrier Guykafi de la tribu voisine ; Guykafi enlève Maroundou et bientôt, après la longue guerre qu'aura suscité cet enlèvement, la tue pour infidélité.
Dès lors, les meurtres s'accumulent et la victoire finale sur Guykafi ne sera acquise qu'au prix de la lâcheté. Quand Ngoué-Passa dans sa douleur de mère comprend son erreur initiale, et veut empêcher le mal de continuer de se répandre, il est trop tard : elle l'a inoculé déjà à ses fils, qui ne veulent que vengeance.

Une clé de la pièce tient peut-être à la scène 4 de l'acte III quand l'Ancien explique, non sans une certaine confusion (et peut-être que tout est là) à Guykafi (qui vient de tuer son épouse) qu'il a mal interprété la tradition, mal compris les rapports de la coutume et de la loi. 

« L'ANCIEN. — Oui, Guykafi, mais je te dirai qu'il y a des circonstances où il ne faut pas toujours suivre la coutume, car il y a quand même la loi qui défend de tuer. N'est-ce pas, que la coutume dit aussi que celui qui tue doit être tué?
GUYKAFI. — Oncle, je vois maintenant que réellement tu vieillis... Un jour tu me dis une chose ; le lendemain, tu m'en dis une autre.
L'ANCIEN. — C'est l'expérience de la vie et ma sagesse qui me font changer d'avis. »

On parlera à la fin de la pièce de bannir la vengeance, de faire régner la concorde et la paix. C'est bien le moins. Mais ce ne sera pas avec ça qu'on fera du bon théâtre.

22 septembre 2026

La mort de Guykafi, Vincent de Paul Nyonda, L'Harmattan, 1981 (il semble que ce soit Amazon qui publie à la commande).

 

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