Voici donc quelques extraits du retour fait à Joël par Jean Lhérisson, un ancien diplomate haïtien :
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Plute et ses enfants
A propos de la pièce, qui sera jouée pour la première fois au Bénin, à Cotonou, au Dayihoun Théâtre, le premier théâtre indépendant du pays, créé par Joël Lokossou.C'est peut-être après tout ce que j'ai fait de plus drôle et de plus violent.Je dis parfois sans trop exagérer qu'en France, personne ne lit plus de théâtre, à commencer par la plupart de ceux qui en font ou croient en faire. (C'était vrai déjà de ma génération, d'ailleurs.) Il faut dire qu'ici tout est convenu comme tout doit l'être. Il n'y a plus grand-chose à attendre. (Quand j'en avais fait lire les premières ébauches à quelques gens du théâtre français que mon travail intéressait encore, bien avant de tout reprendre et développer pour Joël, ils avaient unanimement conclu que ce n'était pas présentable en France...)Mon ami Joël Lokossou n'a pas l'air d'avoir trop de mal à trouver des personnes curieuses prêtes à lire des choses (mais il faut dire qu'il est au Bénin, pas en France).
Voici donc quelques extraits du retour fait à Joël par Jean Lhérisson, un ancien diplomate haïtien :« Plute et ses enfants arrive au bon moment, c'est-à-dire au pire. Dans un monde où l'argent a définitivement pris le visage d'un dieu, où les chaises du pouvoir se disputent avec une brutalité croissante et une décence décroissante, Pascal Adam fait quelque chose de rare : il rit. Pas d'un rire qui console, mais d'un rire qui déshabille. Son Plute : aveugle puis voyant, riche puis seul, est le portrait le plus juste de notre époque que j'aie lu depuis longtemps. Un dieu qui s'ennuie dans un musée pendant que le monde brûle dehors : il n'y a pas d'image plus vraie.Ce texte a de l'importance. Il dit ce que les discours politiques taisent et ce que les documentaires, comme le dit si bien TRICE, ne peuvent pas dire, parce que les documentaires sont toujours de la propagande. Ici c'est du théâtre, c'est-à-dire de la vérité.Et je sais que tu sauras le traduire. Tu connais la distance exacte qu'il faut maintenir entre le grotesque et l'émotion, entre le rire et le vertige. C'est précisément ce que ce texte demande, et c'est précisément ce que tu sais faire. »Et plus loin :«Plute est un personnage qui existe vraiment, la solitude du pouvoir absolu rendue par une chaise dans un musée, c'est une image scénique forte qui n'a pas besoin d'explication. La liberté de ton, du mythe grec au langage le plus cru, est une richesse, pas un défaut. »Ou :« Pascal Adam travaille avec une liberté de ton rare. Le mélange entre le mythe grec (Ploutos, dieu de la richesse) et le langage contemporain le plus cru produit une friction délicieuse ; "c'est un con — qu'il attende" dit de Obama ou Trump, c'est immédiatement vrai et drôle. »16 mai 2026Lien permanent Catégories : Théâtre -
L'Aventurier et la cantatrice, de Hugo von Hofmmansthal
« C'est par hypocrisie qu'il dit tout ce qu'il pense,Et ainsi, il le cache mieux que s'il mentait. »Hofmannsthal est un enchanteur.L'Aventurier et la cantatrice est un sommet de composition et de poésie — on parlait il y a peu encore de poème dramatique...L'action des deux actes se passe à Venise au XVIIIe siècle, où un baron hollandais, qui n'en est sans doute pas un, cherche à rencontrer la cantatrice qu'il vient de voir à l'opéra ; et l'homme auquel il se lie d'amitié (et qu'il entraîne avec d'autres à faire la fête chez lui), le jeune patricien Lorenzo, ne lui avoue pas être le mari de celle-ci.Qui est vraiment ce qu'il paraît être dans cette pièce, cette comédie subtile, aux contours oniriques et dont le second acte semble presque être la redistribution autrement du premier ?Que s'est-il vraiment passé il y a longtemps, entre l'aventurier hollandais que la police vénitienne recherche et Vittoria, la cantatrice au mensonge héroïque ? Et qui celle-ci, en plus d'elle-même, protège-t-elle ? Son mari Lorenzo, le baron hollandais (dont le souvenir fut l'axe de sa vie), ou bien Césarino, son petit frère qui peut-être, n'est pas son frère... ? Les trois, qui sait ?L'épisode des Mémoires de Casanova auxquels Hofmannsthal emprunte le sujet de la pièce ne l'emmène pas à glorifier l'aventurier : le baron hollandais est certes plein d'une admirable énergie, il est fier de sa superbe, prône un courage physique qui lui semble parfois (mais pas toujours) faire défaut, confond avec une autre la femme qu'il dit avoir passionnément aimée, et se révèle incapable de vraiment assumer les conséquences de ses actes. Il fuit. Avec panache, à l'esbroufe. Et Vittoria de lui dire, vers la fin du second acte :« (...) Comme tu t'y entends,Dans cet art que jamais de ma vie je n'ai pu apprendre :L'art de finir. Qui sait cela, peut tout. »La construction est vertigineuse, la langue magnifique (dans la traduction de Jean-Yves Masson). Il y a, dans la nuit du premier acte, comme dans l'après-midi du second, toujours plus de personnages qu'un traitement austère n'en aurait nécessité (c'est une Venise mondaine comme l'est Vienne) et l'auteur fait tourner les duos et trios (certains viennent à nous, d'autres s'éloignent, les combinaisons tournent au gré d'un mot ou d'une entrée) avec une maestria qui peut même laisser penser que d'autres pièces se jouent, d'autres intrigues se nouent peut-être dans ces conversations fantômes qui ne nous parviennent pas (la plupart des personnages du premier acte se retrouvant dans le second).Le temps lui-même semble trouver son incarnation en la personne du vieux compositeur qui ne prête plus aucune attention à ses œuvres, même lorsqu'on les chante devant lui ; il interrompt même le chant car il veut goûter aux mets sucrés et s'il remercie la cantatrice, ce n'est pas d'avoir chanté, mais de lui avoir servi de la tarte.« Nous avons la musique qu'il a créée :Maintenant, son souffle n'est plus nécessaire. »Hugo von Hofmannsthal, L'Aventurier et la cantatrice, traduit et présenté par Jean-Yves Masson, La Coopérative, 2025(PS : Il faut vraiment remercier J.-Y. Masson et La Coopérative de nous donner à lire ces pièces inédites d'Hofmannsthal ; et se réjouir que d'autres soient en préparation !)2 avril 2026Lien permanent Catégories : Livre, Théâtre -
Hier, de Hofmannsthal
Hier est une pièce écrite à dix-sept ans par Hugo von Hofmannsthal.
Elle est traduite et publiée par Jean-Yves Masson aux éditions de la Coopérative.
Lequel Masson a tout à fait raison de dire en sa postface que la pièce contient non seulement en germe toute l'œuvre à venir d'Hofmannsthal, mais aussi qu'elle est absolument personnelle et d'une complète maturité.
Il y a quelque chose d'une foi inébranlable en l'art, qui me semble avoir disparu sinon de la littérature, au moins du théâtre. Elle tient peut-être, de façon tout extérieure, à ne raconter ni sa vie ni son époque ; à ne porter rien qui soit immédiatement de l'ordre de la critique. C'est d'ailleurs cela qui fait l'extrême contemporanéité de la chose : une contemporanéité permanente, si j'ose dire. Car enfin, je ne vis ni dans la Vienne de 1891 du jeune auteur, ni dans l'Italie de la Renaissance où se déroule la pièce.
La construction de l'acte unique en dix scènes s'ouvre et s'achève sur le duo d'Andrea et Arlette. Les huit scènes qui les séparent ont retourné complètement Andrea. Le jeune homme qui reprochait d'abord à son amieDois-tu sans cesse gâter le jour présent avec le souvenir d'hier ?
finira par admettre, tordu de jalousie, que :
Ce qui fut une fois demeure vivant pour l'éternité.
8 mai 2025
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L'abattage rituel de Gorge Mastromas, de Dennis Kelly
Il y a d'abord une tonne de bavardage adramatique et ennuyeux et inutile au fond, puis au moins trois très bonnes scènes très violentes (sur cinq au total) qui, par bonheur, ne parviennent pas à produire la démonstration idiologique (je néologise) que l'éditeur disait que l'auteur produisait. Ouf. On ne comprend en revanche pas pourquoi ça finit. Il y aurait donc moyen de faire une vraie bonne pièce en reprenant tout, en coupant les blablas sociologiques et en continuant l'histoire de ce personnage monstrueux et réussi. Quant au titre, il n'a de rapport qu'au nom (étrange) du protagoniste et il n'est nulle part question d'abattage rituel.
12 juin 2024
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