C'est la sixième ou septième fois que je lis cette pièce, dans la traduction de Jean et Mayotte Bollack, et je crois bien que chaque fois j'en change de façon identique la fin : je m'attends à trouver le sacrifice d'Iphigénie (pour du vent, se rend-on compte ? pour du vent !) et chaque fois, bien sûr, je tombe sur la substitution qui évite le sacrifice, et en quelque sorte « vaut pour lui » . (Ce qui revient sans doute à nier la puissance d'Artémis, la chasseresse). (Je crois toujours que seul Racine, mièvrement, opte pour la substitution.)
Achille, pour une fois, est admirable.
Ulysse, lui, n'est qu'évoqué. Plutôt sinistrement, d'ailleurs (ainsi qu'il convient, loin des minauderies hollywoodiennes).
Agamemnon tergiverse (la pièce, symboliquement, s'ouvre sur son second courrier, où il veut faire annuler la venue de sa fille... mais Ménélas interceptera le messager).
Clytemnestre a déjà (finalement) la tête à sa vengeance du retour d'Ilion, dix ans plus tard.
Iphigénie, d'abord humaine dans sa volonté de vivre, puis divine (avec ce que cela a évidemment d'inhumain) dans l'acceptation de son sacrifice.
Or, c'est l'acceptation du sacrifice qui fait qu'Artémis opère la substitution (sacrifiant une biche). Si Iphigénie n'avait pas consenti, on l'eût laissé mourir. (Rien de mièvre)
Le point magique en suspens : Où est Iphigénie ?
3 novembre 2026
Iphigénie à Aulis, Euripide, traduction de Jean et Mayotte Bollack, Minuit, 1990