Construire un feu est un recueil de sept nouvelles. La première, « Perdu-La-Face » commence ainsi, et l'on sait d'emblée que l'auteur est un homme qui connaît la vie :
« C'était la fin. Subienkow avait suivi une longue piste d'amertume et d'horreur, volant comme le ramier vers les capitales de l'Europe, et voilà qu'ici, dans ce coin perdu, la piste cessait. Il était assis dans la neige, les bras liés derrière le dos, dans l'attente de la torture. Il fixait du regard un énorme Cosaque, couché sur la neige, qui gémissait de douleur. Les hommes en avaient terminé avec le géant et le remettaient aux femmes. Et les hurlements de leur victime attestaient qu'en fait d'atrocités elles dépassaient les hommes. »
Ces sept nouvelles de la vie dure du grand Nord sont très réussies et l'on peut même s'aviser que six d'entre elles ressemblent peut-être davantage à des contes — elles contiennent une très forte leçon diffuse. L'édition donne de celle qui selon moi ressemble le moins à un conte, « Construire un feu », une version primitive qui elle, en inversant la fin, retrouve cette dimension de formation : dans la seconde version, le lecteur doit tirer une leçon de ce que le personnage n'a pu le faire ; dans la primitive, c'est le personnage qui tire la leçon.
Il est bien question ici de leçons de vie et de mort ; et de parvenir à ses fins (fin qui peut même être, comme dans « Perdu-La-Face », puisque tout est foutu, de choisir la façon dont on meurt).
28 septembre 2026
Construire un feu, Jack London, traduit par Paul Gruyer et Louis Postif, Libretto, 2024