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  • Un dimanche ensoleillé

    C'est un dimanche ensoleillé, chaud.
    Dans la fraîcheur de la maison, je cherche un livre à lire.
    J'ai terminé la veille au soir Le Couteau de Salman Rushdie. 
    Je cherche un livre court.

    D'abord, en début d'après-midi, j'ai pris Orient de Pius Servien. 
    1942. Avec C'est un des recueils de poèmes auxquels je reviens régulièrement.
    C'est d'une très grande beauté. 
    Servien est oublié.
    Quand je pense à ce qu'on nous dit être de la poésie...

    Ensuite, dans le recueil Paysages de l'âme d'Hugo von Hofmannsthal, j'ai lu, pour la première fois dans la traduction de Charles Du Bos, la Lettre de Lord Chandos.
    C'est toujours aussi étonnant. Le projet de l'auteur semble tourner en chemin, et peut-être est-ce qui donne à ce texte son éclat singulier.

    Au début de la soirée, la température ayant un peu baissé, je me suis installé dehors et j'ai relu pour la énième fois la vingtaine de pages intitulées « La Persécution et l'Art d'écrire » dans le livre de Leo Strauss intitulé La Persécution et l'Art d'écrire, traduit par Olivier Sedeyn.
    Il devrait aller de soi que l'art d'écrire demande un art de lire.

    Ces trois œuvres ont pour point commun d'être belles et courtes. Elles se sont réunies pour la première fois en une après-midi de printemps accablante de chaleur. La probabilité qu'un autre lecteur ait jamais lu ces trois textes dans la même journée est sans doute très infime.



    28 mai 2026

  • Voyage à Alamût, de Brion Gysin

    Deux crétins défoncés (Brion Gysin et Lawrence Lacina : ils sont artistes, Américains et vivent à Saint-Germain-des-Prés, le Peredelkino français) en voyage en Iran en 1973 se rendent à Alamût où exercèrent il y a mille ans le Vieux de la Montagne et ses assassins ; il n'y a rien à voir et ils n'ont rien à y faire, sinon fumer des joints. L'extrême brièveté du récit de Gysin, 65 petites pages, ne parvient pas à le rendre intéressant. L'interview de Lacina répète le même périple sans plus d'intérêt. (Ces deux-là, à force de l'encenser, vous feraient douter que Burroughs ait eu du talent...) Nathalie H. de Saint-Phalle enchaîne une post-postface à sa postface et atteint une forme assez pure de vacuité vaine. Mais les éditions Allia, ajoutant encore deux pages dispensables de préface de Bernard Heidsieck, ont fait un joli petit bouquin de... 115 petites pages.

     

    1er juin 2026

     

     

  • Le Couteau, de Salman Rushdie

    Rushdie est une force qui va.
    L'attentat (une quinzaine de coups de couteau) dont il fut victime en 2022, à 75 ans, l'a ramené un temps à redevenir l'auteur des Versets sataniques ; et il écrit Le Couteau précisément afin que ce temps, cet entre-temps, passe et surtout se termine.

    « La question se pose (et on n'a pas manqué de me la poser depuis l'attaque) : ai-je eu tort d'adopter cette nouvelle vie insouciante ? Avec le recul n'aurais-je pas dû être plus prudent, moins ouvert, plus conscient du danger caché dans l'ombre ? M'étais-je construit un monde d'illusions pour découvrir, deux décennies plus tard, à quel point j'avais été naïf ? Est-ce que je m'étais, pour ainsi dire, livré au couteau ?
    En d'autres termes, comme bien des gens l'ont dit dès le début : était-ce ma faute ?
    Pour être absolument sincère, les premiers jours dans ce service de traumatologie d'érié, alors que j'étais faible et déprimé, je me posais moi-même la question. Mais quand j'ai repris des forces physiques et mentales, c'est une analyse que j'ai rejetée catégoriquement. »
    Il y a Rushdie et il y a nous, Occidentaux à la pensée en bouillie. Le dernier paragraphe ci-dessus dit aussi combien nous sommes faibles et déprimés ; et qu'il nous faut reprendre des forces physiques et mentales.

    À la violence, il veut répondre par l'art ; et par l'amour. Et il le fait.
    Son épouse, la poète Rachel Eliza Griffiths, l'accompagne au jour le jour, surmonte et aplanit les difficultés ; sa famille, sa sœur et ses enfants, le soutiennent. Il se reconstruit. De l'homme qui a tenté de le tuer et qui a bien failli y parvenir, il ne sera finalement que peu question, sauf dans un dialogue imaginaire tout à fait remarquable. Il ne cède pas à la haine. (Elle doit pourtant le tenter fortement, parfois.)
    Le Couteau est une manière d'apostille (que l'auteur se serait volontiers dispensé d'écrire) à son autobiographie Joseph Anton et le plus grand mérite de ce court livre est encore de rappeler, avec son inimitable talent de conteur, que l'essentiel de son œuvre se trouve dans ses romans (une des grandes forces de l'auteur est d'avoir jamais laissé la fatwa iranienne de1988 entrer jamais dans ses romans. Vade retro, en somme).



    28 mai 2026

     

    Lien permanent Catégories : Livre
  • La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, de Joël Dicker

    Construction remarquable. Ecriture transparente sans aucune aspérité pour que rien ne freine la lecture. Dans un français comme déjà traduit de l'américain. Tellement de retournements que cela m'a rappelé une série de tonneaux jadis effectués comme au ralenti dans une auto sortie de la route (on attend que ça s'arrête). L'idée plutôt basse que le narrateur se fait de la littérature semble intégralement empruntée à l'auteur, ce qui est cohérent. Ce roman est un psychotrope puissant, qui par bonheur vous hâte vers sa fin. Bref, un très bon livre de plage, parfait pour les gens qui n'aiment pas vraiment lire.

     

    28 mai 2026

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