Il est très étonnant qu'un philosophe, à l'occasion de conférences, et comme marginalement à son œuvre, fasse un livre qui semble mener sinon à Dieu, du moins vers lui (et ce serait au lecteur, ayant posé le livre, de poursuivre la route).
Le livre est arrivé par la poste, par la grâce et l'amitié de Radu Stoenescu, éditeur et traducteur, juste avant Noël. Il ne pouvait mieux tomber. Je l'ai lu presque aussitôt, en quelques jours.
Deux passages, l'un pris dans la préface de Rémi Brague au tout début du livre, l'autre dans le dernier chapitre, qui donne son titre à l'ouvrage, « Le visage de Dieu ».
« En bon philosophe, il [Scruton, donc] choisit un angle d'attaque philosophique, en l'occurrence la nature de ce qui est sujet. Le sujet que je suis n'est pas une partie du monde, pas plus, pour reprendre une observation de Wittgenstein, que l'œil n'est lui-même une partie du champ visuel qu'il ouvre pourtant. Il est plutôt ce qui fait être le monde, ce qui fait qu'il y a pour moi un monde. Comme tel, le sujet est inaccessible à la science, qui doit donc se contenter de faire l'inventaire du contenu du monde et de le décrire. »
« Dans ce chapitre, je veux achever ma réflexion sur le visage en abordant la question de la présence de Dieu dans ce monde, et montrer pourquoi notre incapacité à le trouver engendre un si profond désarroi. »
Scruton ne s'embarrasse pas ici de la recherche d'une preuve ontologique (ni de décliner les attributs de Dieu) et pourtant met pour ainsi dire au placard (à sa place ?) le dieu des philosophes.
Il dit clairement que Dieu est un sujet, auquel on s'adresse et dont on cherche le visage : dans celui d'une autre personne ; dans cette projection sur la terre que sont les temples où il se tient (son absence si manifeste y étant sa manière de présence) comme aussi dans les autres maisons qui sont ou devraient être leur déclinaison. Se peut-il que l'on rencontre sa face ?
10 janvier 2026
Roger Scruton, Le visage de Dieu, traduction et notes de Radu Stoenescu, éditions Carmin, 2025